http://schoenelblog2.blogspot.com/ Lettre à l'Epouse 2: L'âge de l'Eglise d'Ephèse 2

jeudi 21 novembre 2013

L'âge de l'Eglise d'Ephèse 2

Fondation de l'Eglise d'Ephèse.

Les Juifs étaient établis à Ephèse depuis plusieurs siècles avant Jésus-Christ et formaient une colonie importante qui jouissait de grands privilèges. Quelques disciples de Jean-Baptiste y avaient recruté des prosélytes (Ac 19.3). Des Juifs d’Asie étaient présents à Jérusalem le jour de la Pentecôte (Ac 2.10) et avaient sans doute rapporté l’Évangile dans leur patrie, mais ils ne semblent pas y avoir fondé d’Église. A la fin de son deuxième voyage, l’apôtre Paul y avait passé brièvement, il avait parlé dans la synagogue et y avait laissé Aquilas et Priscille (Ac 18.18-19).

C’est là, à la synagogue qu’ils ont rencontré Apollos (Ac 18.26-27). Paul y a repassé lors de son troisième voyage et y est resté trois années (Ac 20.31) ce qui témoigne aussi de l’importance de la ville à ses yeux. Il fut confronté à la magie qui florissait là (Ac 19.18-19) et à la dévotion de la Grande Artémis. Ephèse s’était en effet, fait une spécialité des écrits magiques et vivait en partie, de la fabrication des amulettes et des statuettes du temple d’Artémis ou de la déesse revendues aux nombreux pèlerins étrangers. Actes 19.23-40 nous rapporte un épisode de l’opposition que l’apôtre eut à subir. Dans 1 Corinthiens 15.23, il dit qu’il a dû « combattre contre des bêtes fauves à Ephèse ». Cette expression est à prendre au sens figuré, puisqu’un citoyen romain ne pouvait pas être condamné à ce supplice. La « persévérance » (Ap 2.3) n’était certainement pas facile dans ce contexte. En effet, les Ephésiens, exaspérés par l’« impiété » des Juifs à l’égard d’Artémis avaient demandé à l’empereur Auguste « de subordonner l’octroi du droit de cité à la dévotion pour la déesse », mais Rome et ses représentants à Ephèse ont maintenu les droits des Juifs acquis au 3e siècle av. J.-C.

L’Église s’était constituée autour d’un noyau judéo-chrétien (Ac 18.27 ; 19.6-7, 9, 20 ; Ep 2.1 -9, 11 ; 3.1 ; 4.17) et structurée rapidement sous la direction d’anciens (Ac 20.17). L’apôtre leur a prédit l’arrivée de faux docteurs, des « loups féroces…qui emploieront un langage mensonger pour se faire des disciples » (Ac 20,29-30). L’Église se souvenant de ces paroles a « mis à l’épreuve ceux qui se prétendent apôtres et qui ne le sont pas » (Ap 2.3). Paul a dû y retourner après sa première captivité romaine et y a laissé Timothée pour lutter contre les faux docteurs et pour ramener dans le droit chemin les chrétiens qui l’avaient quitté (1 Ti 1.3 ; 18.20). Timothée, que Paul appelle « son vrai fils dans la foi », est né à Lystre, en Lycaonie (Asie Mineure) d’un père grec et d’une mère juive, Eunice. C’est la grand-mère, Lois, qui la première devient chrétienne (2 Tim. 1:5). Elle est suivie sur cette voie par sa fille et Timothée. Comme il est d’ascendance juive, Paul permet que Timothée soit circoncis (Actes 16 :1-3). Timothée était Juif par sa mère et d'éducation juive; on savait toutefois, dans les milieux synagogaux de la contrée, qu'il n'avait pas été marqué du sceau de l'alliance patriarcale, son père païen s'y étant sans doute opposé. Paul vit les inconvénients de cette situation mal définie. Paul jugea bon de donner un remplaçant à Jean Marc en la personne de Timothée. «Et l'ayant pris», «il le circoncit, à cause des Juifs qui étaient dans ces lieux-là, car tous savaient que son père était grec» (Ac 16:3). Timothée qui était d’abord évangéliste, devint pour quelque temps le pasteur d’Ephèse. Si tout cela semble anecdotique, le fait est que l’Eglise se développait presque exclusivement au milieu des juifs dans les tous premiers temps chrétiens. Cependant, la dureté de cœur des juifs entrainera l’ouverture de la grâce et de l’Esprit Saint au reste du monde.

D’autres conducteurs chrétiens de la première génération y avaient passé et exercé pendant quelque temps leur ministère : Tychique (Ep 6.21), Jean-Marc (1 Pi 5.13) et surtout l’apôtre Jean lui-même (Ap 1.11 ; 2.1) dont le séjour à Ephèse est attesté par Justin Martyr, Irénée et Eusèbe. Pendant de longs siècles, on a vénéré son tombeau dans cette ville. D’ailleurs, le nom du village qui a remplacé la grande ville d’Ephèse, Ayas-soulouk n’est autre qu’une déformation de hagios theologos : le saint théologien (nom de l’apôtre Jean pour le distinguer de Jean-Baptiste).

D’après le contenu de l’épître aux Ephésiens – même si la lettre n’était pas destinée uniquement à l’Église d’Ephèse – le noyau judéo-chrétien a dû être bientôt complété et débordé par un nombre croissant de pagano-chrétiens. Paul leur demande, en effet, de ne « plus vivre comme les païens qui suivent leurs pensées vides de sens » (4.17). Parmi les péchés contre lesquels il met en garde figure en premier lieu l’inconduite qui fait « se jeter avec frénésie dans toutes sortes de vices » (4.19). Tous les Ephésiens devaient connaître ce pied nu gravé dans la pierre d’une grande rue de la ville et menant à un édifice imposant de l’avenue de marbre – qui était une maison de prostitution. Dans toute l’Antiquité, Ephèse avait la réputation d’une ville superstitieuse et immorale. Garder une « conduite » (Ap 2.2) approuvée par Celui dont les « yeux étaient comme une flamme ardente » n’était pas une petite chose pour l’Église d’Ephèse.

Un socle extrêmement solide dans la foi se constitua à Ephèse autour d’hommes d’exceptions comme l’apôtre Paul, Jean et Timothée. La culture juive était parfaitement enracinée chez ces hommes. Elle garantissait une base solide sur l’étude de la Parole de Dieu et la conservation des jours et fêtes saintes, notamment le shabbat, jour où Paul enseignait dans les synagogues. La base judéo-chrétienne d’Ephèse était également un rempart efficace contre les faux docteurs et apôtres qui ne tardèrent pas arriver pour détourner l’Église d’Ephèse de sa voie. Le paganisme et le judaïsme orthodoxe seront les deux grandes épreuves que l’Église primitive devra vaincre. Tant que les apôtres seront là, ainsi que ceux qui les auront connus directement seront vivants, l’Église combattra efficacement, mais après les choses évolueront différemment et souvent dans la mauvaise direction. C’est le sens spirituel qui est donné par le Christ dans la suite de la lettre à Ephèse.

Apocalypse 2: 2  Je connais tes œuvres, ton travail, et ta persévérance. Je sais que tu ne peux supporter les méchants ; que tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres et qui ne le sont pas, et que tu les as trouvés menteurs ; 3  que tu as de la persévérance, que tu as souffert à cause de mon nom, et que tu ne t’es point lassé. 

Il y aura trois grands cycles de 2000 ans dans la création de l’Épouse. Le premier débute dans le jardin d’Eden et concernera les patriarches jusqu’à Abraham, le second le peuple juif et le troisième l’Église des nations. A chaque début de cycle deux semences différentes se font face et vont s’affronter à mort. Elles apparaîtront premièrement comme des frères que tout oppose dans l’esprit qui les anime. Ça commence avec Caïn et Abel où le premier sera présenté comme la semence du serpent et le second comme celui de la femme. Le premier formera une civilisation technologique et urbaine, organisée par un clergé voué au paganisme et très organisé. Le second sera tué, mais remplacé par Seth qui formera une lignée qui sera le reste préservé par l’Eternel, jusqu’à ce que eux aussi se fassent rattraper par le monde et absorber par lui.

Par Abraham un nouveau cycle débutera pour former la nation d’Israël. Là aussi deux frères s’affronteront, Esaü et Jacob. Par Edom et Israël deux types de semences organisées en Nations seront confrontées l’une à l’autre. L’une représente celle qui marche avec Dieu l’autre est toujours encore la semence du serpent symbolisée par Edom: Esaïe 34 : 13  Les épines croîtront dans ses palais, Les ronces et les chardons dans ses forteresses. Ce sera la demeure des chacals, Le repaire des autruches ; 14  Les animaux du désert y rencontreront les chiens sauvages, Et les boucs s’y appelleront les uns les autres ; Là, se délasse Lilit; elle s'est trouvée un reposoir! 15  Là le serpent fera son nid, déposera ses œufs, Les couvera, et recueillera ses petits à son ombre ; Là se rassembleront tous les vautours. Dans ces versets sont exposés l’évolution de la semence du serpent. Au début se sont les ronces produites par la chute d’Adam et qui sont les œuvres des démons, puis viendront les cohortes démoniaques qui seront adorés au travers des idoles. Puis enfin réapparait le serpent originel à la fin qui pondra ses propres « fils » sous la forme de l’antéchrist et du faux prophète à la fin du temps des nations.

Quand débutera le temps des nations à l’âge d’Ephèse, il y aura aussi deux types de semences qui s’affronteront dès le commencement et qui seront représentés par les apôtres et ceux qui présentent comme tel, mais qui ne le sont pas. Les premiers sont choisis par le Seigneur Lui-même et sont et resteront au nombre de 12. Paul remplaçant Juda par la suite. Ils sont le fondement de l’Église, rendant témoignage de la vérité en Jésus Christ. Mais d’autres viendront en se prétendant apôtre, mais seront en fait des enfants du démon et du mensonge. Ils représentent la semence du serpent pour cet âge.

L’apostasie avait déjà commencé à s’établir dans ce premier âge, car ils ont déjà commencé à rejeter l’Église véritable et élue qui voulait garder les préceptes de la Bible et les Paroles que Jésus avait données dans Son témoignage. Quelque chose commençait à se passer, et il y avait de faux docteurs qui s’étaient levés, des gens qui enseignaient des choses fausses et contraires à l’Écriture, essayant d’ajouter quelque chose. Ajouter des choses que l’Apôtre Pierre proclama le jour de la Pentecôte et qui resteront pour toujours le témoignage de la vérité. Actes 2 : 22  Hommes israélites, écoutez ces paroles ! Jésus de Nazareth, cet homme à qui Dieu a rendu témoignage devant vous par les miracles, les prodiges et les signes qu’il a opérés par lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes ; 23  cet homme, livré selon le dessein arrêté et selon la prescience de Dieu, vous l’avez crucifié, vous l’avez fait mourir par la main des impies. 24  Dieu l’a ressuscité, en le délivrant des liens de la mort, parce qu’il n’était pas possible qu’il fût retenu par elle…. 32  C’est ce Jésus que Dieu a ressuscité ; nous en sommes tous témoins. 33  Elevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père le Saint-Esprit qui avait été promis, et il l’a répandu, comme vous le voyez et l’entendez…. 38  Pierre leur dit : Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit. 39,  Car la promesse est pour vous, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera. Les choses essentielles sont dites ici. Foi en Jésus, repentance, baptême et don de l’Esprit Saint.

Ainsi que ce soit Pierre, Paul ou n’importe quel apôtre, toujours le message sera le même. Centré sur l’œuvre du Christ. "Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre message est sans objet, et votre foi est sans objet (...) vous n’êtes pas libérés de vos péchés" (1 Co 15, 14.17). Avec ces puissantes paroles de la première Lettre aux Corinthiens, Paul fait comprendre quelle importance décisive il attribue à la résurrection de Jésus. Dans cet événement, en effet, se trouve la solution du problème posé par le drame de la Croix. A elle seule, la Croix ne pourrait pas expliquer la foi chrétienne, elle resterait même une tragédie, l’indication de l’absurdité de l’être. Le mystère pascal consiste dans le fait que ce Crucifié "est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures" (1 Co 15, 4)- c’est ce qu’atteste la tradition proto-chrétienne. C’est là que se trouve la clef de voûte de la christologie paulinienne : tout tourne autour de ce centre de gravité. Tout l’enseignement de l’apôtre Paul part de et arrive toujours au mystère de Celui que le Père a ressuscité de la mort. La résurrection est une donnée fondamentale, une sorte d’axiome préalable (1 Co 15, 12), à partir duquel Paul peut formuler son annonce synthétique : Celui qui a été crucifié, et qui a ainsi manifesté l’immense amour de Dieu pour l’homme, est ressuscité et il est vivant parmi nous.

C’est donc ce message de salut apporté par le Ressuscité, que Paul et Barnabé vont diffuser et qui permettra de fonder plusieurs Églises en Asie Mineure dans les années 40. Tous deux se rendent d’abord dans les synagogues, où ils tentent de convertir les Juifs. Mission difficile, voire impossible: ils seront souvent menacés et malmenés. Ils commencent alors à enseigner également aux païens et rencontrent un grand succès. Parallèlement l’apôtre Pierre est conduit par l’Esprit à s’ouvrir aux païens. C’est la vision sur les animaux impurs qu’il doit manger. Mais les habitudes du judaïsme ne seront pas faciles à abandonner. Ce sera Paul qui sera le principal artisan de l’ouverture vers les incirconcis et qui transcrira la jonction du judaïsme au christianisme. Une évolution qui donne sa finalité au plan divin. On passe donc progressivement du Temple à la synagogue, puis à l’Eglise.

De retour à Antioche après leurs premiers voyages, Paul et Barnabé sont confrontés à l’arrivée dans cette ville de chrétiens de Jérusalem (les judéo-chrétiens) qui proclament la nécessité de la circoncision en vue du salut. Le conflit est porté devant l’Église de Jérusalem, qui jouit d’une grande autorité. Jacques, frère du Seigneur, apparaît à cette époque comme le chef charismatique et incontesté de cette Église. Au cours de ce premier concile, qui se tient aux alentours de l’an 49, Jacques, Pierre et Jean donnent raison aux deux missionnaires sur la question de la circoncision. Les païens ne sont tenus qu’au respect de quelques principes. C’est la première rupture avec la communauté juive, le premier signe d’indépendance de la religion chrétienne qui est en train de naître.

Le « concile de Jérusalem » — ou « assemblée de Jérusalem » ou « réunion de Jérusalem » ou encore « concile des apôtres » — est un nom appliqué rétrospectivement à des discussions décrites dans le livre des Actes des Apôtres, quinzième chapitre, tenues sous la direction de Jacques le Juste et qui sanctionnent l'ouverture de la communauté des juifs chrétiens aux « païens » au milieu du Ier siècle. Après le discours de Pierre fait le jour de la Pentecôte, la lettre des apôtres sera le second fondement apostolique sur lequel l’Église devra se bâtir. Le débat peut être ainsi résumé : la foi en Jésus était-elle suffisante pour être sauvé ou devait-on en plus observer les règles traditionnelles du judaïsme ? Jacques apportera les éléments de solutions en faveur de Pierre en écartant la nécessité de la circoncision avant le baptême, en agréant le baptême opéré par Pierre du centurion romain non circoncis Corneille. Jacques définit cependant trois interdits à conserver pour qu'un païen puisse être reçu dans la communauté avec les membres issus du judaïsme : interdit de manger les viandes non-saignées, interdit de pratiquer l'immoralité sexuelle (la fornication) auxquels Jacques ajoute l'interdit de se rapprocher des idoles. Implicitement les autres règles du judaïsme seront conservées, sauf la circoncision. Comme conserver le shabbat tel quel et se réunir en synagogue (assemblée) autour de la Parole. Le shabbat et l’enseignement de la Bible étant deux choses liées indéfectiblement dans la mentalité juive, ils forment alors le noyau de la nouvelle Eglise qui se construit et sortir de ce schéma revient à s’éloigner du Christ et s’enfoncer dans la nuit. Les chrétiens modernes qui rejettent en bloc tous ce qui relève du judaïsme sont donc tout autant dans l’erreur, que les juifs qui en font de même pour le christianisme. Ils marchent dans la nuit de concert.

Paul et Barnabé supportés par l’assemblée de Jérusalem et forts de cette victoire, s’en retournent alors à Antioche. Peu après, Pierre se rend dans cette ville. Au début de son séjour, il mange avec les pagano-chrétiens comme avec les judéo-chrétiens. Mais, lorsque des gens de l’entourage de Jacques le rejoignent, il ne partage plus ses repas avec les premiers, et Barnabé le suit. Paul reprend alors sévèrement Pierre. Car le christianisme a pour vocation de rassembler les hommes à la table du Christ notamment par la sainte cène. Ainsi le baptême remplace la circoncision et la sainte cène le sacrifice de la Pâque. La relation même avec le Temple sera changée avec la disparition de celui-ci à Jérusalem. Puisque le nouveau Temple est désormais révélé dans le corps du Christ, soit l’Église. Mais cette révélation devra encore faire son chemin dans la toute jeune Église apostolique, mais également dans l’ensemble du peuple juif. Le Seigneur laissera le temps à toute une génération d’accepter le nouveau paradigme chrétien, après il fera table rase du passé. Car on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres.

Dans les années 60, une série d’événements mettent en danger le christianisme naissant: Jacques le Majeur sera tué par Hérode pour d’obscures raisons politiques. En 62, Jacques le mineur meurt.  Jacques a été exécuté par lapidation en 62 sur ordre du grand prêtre Ananius ben Anân (le beau-frère de Joseph Caïphe) pendant la période d'anarchie qui a régné à Jérusalem après la mort du procurateur romain Festus (60 – 62) et avant l'arrivée de son successeur Albinus (62 – 64). L'exécution de Jacques montre l'influence du mouvement nazaréen à cette époque, et sa perception comme un danger par les autorités du Temple de Jérusalem qui sont saducéennes. En l’an 70, c’est le drame, tant pour les Juifs que pour la foi nouvelle: la révolte juive contre l’occupant romain, commencée en 66, aboutit à la chute de Jérusalem et à la destruction du Temple par les armées de Titus. L’Église de Jérusalem perd toute importance, les chrétiens n’ont plus de centre de référence, et la dispersion menace.

Quant aux Juifs, ils serrent les rangs autour de l’école pharisienne de Jamnia. Celle-ci a imposé le judaïsme rabbinique qui a survécu jusqu’à nos jours. Aux alentours de l’an 90, cette école rejette les autres mouvements juifs pour en faire des hérésies. Les judéo-chrétiens vont alors progressivement être éliminés de la carte du judaïsme. Ainsi, plutôt que de comprendre le sens de la destruction du Temple de Jérusalem, les juifs rejetteront Jésus comme étant le Messie, ce qui aura pour conséquence d’être eux-mêmes rejetés de Dieu et retranchés de l’arbre de vie pour tout le temps qui sera imparti aux nations. La malédiction s’attachera alors à leurs pas, jusqu’à ce qu’un nouveau temps de grâce s’ouvre pour eux.

Les œuvres, le  travail, et la persévérance des chrétiens du premier âge seront de conserver le socle apostolique intact, car très tôt des courants religieux contraires feront leur apparition pour tenter de séduire et corrompre l’Église naissante après la disparition des apôtres. Coupé des apôtres et du judaïsme, tous les dangers vont guetter désormais l’Église.

Les faux apôtres et leurs doctrines de mensonge. 

Apocalypse 2 : 4  Mais ce que j’ai contre toi, c’est que tu as abandonné ton premier amour. 5  Souviens-toi donc d’où tu es tombé, repens-toi, et pratique tes premières œuvres ; sinon, je viendrai à toi, et j’ôterai ton chandelier de sa place, à moins que tu ne te repentes.

Le premier amour de l’Église se portait sur la Parole de Dieu révélée en Jésus Christ. Séparée des juifs, l’Église va rapidement se retrouver sans source d’inspiration pour entretenir sa foi, car sa base biblique est trop ténue. Loin de la Parole écrite, l’Église chute, l’huile de la lampe commence a manquer, car elle n’est plus alimentée par la Parole divine révélée. La flamme décline et menace de s’éteindre. L’Église est à terre et il est primordial de redresser la barre pour revenir aux œuvres premières de l’Église, qui sont la prédication de l’Évangile en assemblée, bien assise sur la connaissance de la Parole de Dieu. L’Église va pour cela devoir faire appel à sa mémoire apostolique en relisant les lettres de Paul et des autres apôtres, ce qui revient à revenir vers la Parole de Dieu. Car le risque c’est de voir désormais l’Église disparaître purement et simplement, de voir le chandelier retiré de sa place ou dit autrement de voir cet âge s’achever prématurément.

L’Eglise au second siècle.

Le début du deuxième siècle est celui de tous les dangers pour la jeune foi, qui doit lutter contre de multiples hérésies, dont le gnosticisme et le montanisme. Politiquement, la situation des chrétiens reste précaire dans l’Empire romain et est celle de tous les dangers pour la nouvelle foi qui est rejeté par les juifs. Elle ne s’apparente pas encore à une vraie religion: le corpus de ses livres saints n’est pas constitué, la communauté chrétienne, dispersée après la chute de Jérusalem et la disparition de l’Église de Jacques, frère du Seigneur, n’a pas trouvé de structures solides, et toutes sortes de philosophies fleurissent, plus abracadabrantes les unes que les autres.

Le nombre de juifs ayant une bonne base culturelle biblique axée sur l’Ancien Testament commence à diminuer et les réunions dans les synagogues à cause de l’intransigeance des rabbins deviennent impossibles. Bien qu’ayant une culture commune, l’arbre de vie représenté par l’Église va désormais devoir produire des branches nouvelles qui formeront les trois branches de la ménorah chrétienne, représentant les trois Pentecôte que connaîtra le monde. Ainsi fragilisé par la dispersion, la disparition des apôtres et n’ayant pas encore de socle biblique bien établi, le diable va tenter d’étouffer l’Église dans un flot de fausses doctrines.

Au début du IIe siècle, on commence à distinguer les chrétiens des juifs. Ils ne tombent formellement sous l’interdiction d’aucune loi, mais ils subissent l’hostilité des populations dans lesquelles ils cherchent à s’implanter, tant juives que païennes. Quelques persécutions ont lieu çà et là. Les intellectuels grecs et romains n’affectionnent guère le christianisme, qu’ils considèrent comme une religion simple destinée à soulager de pauvres gens. Pourtant, la nouvelle foi rêve d’intégration, et s’emploie à détruire les préjugés qui l’entourent. On voit alors naître un genre littéraire nouveau: les apologies. Tout comme les premiers chrétiens avaient tenté de convaincre les juifs que la foi en Jésus était l’accomplissement des Ecritures, les chrétiens du début du IIe siècle essaient de prouver que le christianisme est «le couronnement de toute la quête inspirée menée par les philosophes grecs», écrit le professeur Etienne Trocmé dans sa contribution à l’Histoire des religions publiée dans la Pléiade. Une œuvre emblématique de cette tentative qui n’aboutira pas durant ce siècle est celle de Justin de Naplouse, appelé aussi Justin Martyr, un païen converti. Il ouvre une école à Rome en 150 et écrit deux Apologies ainsi qu’un Dialogue avec le Juif Tryphon. Le pouvoir romain l’élimine dans les années 160. Le plaidoyer de Justin en faveur de l’intégration du christianisme à la société gréco-romaine n’eut pas l’heur de plaire à tout le monde. Les Romains se moquent d’une telle tentative, et certains chrétiens ne veulent pas entendre parler d’intégration, car ils estiment que le christianisme ne doit pas se compromettre avec ce monde.

Aux difficultés externes s’ajoutent les internes avec l’apparition des partisans du gnosticisme, une philosophie syncrétiste née à la fin du Ier siècle, et pleinement développée vers le milieu du IIe siècle. Sous l’influence du dualisme iranien, les diverses tendances gnostiques opposent généralement Yahvé, le Dieu des juifs, à un Dieu bon et caché. Certains êtres humains ont la possibilité de connaître ce Dieu bon au moyen de la gnose, la connaissance surnaturelle qui révèle aux hommes détenteurs d’une étincelle divine d’où ils viennent et où ils vont. Il s’agit là d’un savant mélange de paganisme et de christianisme qui révèle déjà la distance prise avec le judaïsme, qui n’aurait pas supporté de pareilles dérives doctrinales.

Une autre école inquiète les chrétiens «orthodoxes»: celle de Marcion, un homme originaire du Pont. Venu à Rome en 144. Après avoir tenté d’imposer ses idées à l’Église de Rome, il s’en sépare et fonde sa propre communauté. Ce schisme très grave contribuera largement à la réaction des Églises traditionnelles. Car les doctrines de Marcion ont connu un immense succès. La recette est relativement simple: Marcion renie la Bible hébraïque qui est en train de devenir l’Ancien Testament des chrétiens, ainsi que tout ce qui, dans les textes qui formeront bientôt le Nouveau Testament, se réfère de près ou de loin au judaïsme. Le système marcionite séduit par sa simplicité et ses écritures faciles d’accès, car, à la façon des gnostiques, Marcion oppose le Dieu de la Loi à celui de l’Évangile.

Un autre ennemi apparaît aux alentours de 160: Montan, qui prophétise en Phrygie (Asie Mineure) un message apocalyptique et millénariste. Il rencontre également un grand succès: le montanisme réussit à pénétrer une majorité des Églises de la région.

Face à ces dangers qui la rongent de l’intérieur, l’Église va réagir en se dotant enfin de théologiens dignes de ce nom, du canon des Écritures et d’institutions solides qui apparaitront dans le second âge. La grande épreuve de l’Eglise dans les deux premiers siècles ne sera donc pas de survivre aux persécutions physiques, mais aux fausses doctrines. La persécution physique sera surtout le fait des juifs contre les juifs qui se convertissaient au christianisme. C’était le sens de la mission de Saul de Tarse avant sa conversion. Elles diminueront quand les juifs eux-mêmes seront persécutés et anéantis en Palestine. Car dans la société romaine, les chrétiens ne sont d'abord pas distingués des juifs ; le christianisme, considéré comme une « secte juive » n'était donc pas incompatible avec la culture romaine. Les chrétiens disposent de plus d'un espace intermédiaire entre vivre sa foi clandestinement et l'exposer publiquement : la pratique familiale et domestique du culte dans le Domus ecclesiae est largement tolérée. Les chrétiens persécutés se réunissant en secret pour prier ainsi que célébrer l'Eucharistie dans les catacombes est un mythe développé par les Romantiques. D'un point de vue historique, on ne peut donc pas parler de persécution religieuse — au sens contemporain — à propos des chrétiens durant les deux premiers siècles du christianisme, d'autant que l'époque de la séparation du judaïsme et du christianisme est encore mal définie. En outre, les historiens actuels estiment le nombre de chrétiens en Occident insuffisant pour donner matière à des persécutions de masse. L'historiographie des persécutions s'est longtemps fixée sur le discours historique d'Eusèbe de Césarée, considérant jusqu'à la fin du XXe siècle que les persécutions contre le christianisme ont commencé dès le premier siècle, alors qu'on ne peut parler véritablement de persécutions qu'à partir du milieu du IIIe siècle, puis au début du IVe siècle. Il est donc préférable d’analyser les faits sans la perspective hagiographique de l'œuvre d'Eusèbe qui cherche à gonfler les chiffres et falsifier les événements. Les textes d’Eusèbe visaient certainement à présenter les premiers évêques de Rome comme des martyrs et accréditer l’image trompeuse de papes parfais dans leur foi et engagement chrétien.

Le véritable défi de l’Eglise primitive sera de survivre au milieu des multiples hérésies qui fleurissaient partout autour des Eglises naissantes. Finalement grâce à de la persévérance et de la mise à l’épreuve, l’Église avec beaucoup de mal réussira à expurger de son sein les fausses doctrines et survivra. Mais le diable n’abandonne pas si vite et va changer de tactique. Puisque les attaques de l’extérieur ont échoué, attaquons de l’intérieur pour prendre le contrôle de l’Église par ses chefs. 

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